Alors que l’UMB l'ULP et l'URS projettent de mettre en place une université unique à Strasbourg, les services communs de documentation de ces trois établissements ont fusionné au 1ier janvier 2007 pour devenir un Service Inter-établissements de Coopération Documentaire (SICD).
L’expérience vécue par les personnels en dit long sur les problématiques pouvant se poser à l’avenir pour la création d'une université unique et doit éveiller la vigilance de toutes et tous.
L’un des objectifs avoués de la création d’un SICD est d’être la première étape de la création de l’université unique de Strasbourg, c’est pourquoi les instances dirigeantes des trois universités ont tout intérêt à présenter l’événement comme une réussite tant pour le service que pour les personnels. Seulement, au delà du discours publicitaire, la réalité est moins attrayante.
La création du SICD révèle d'abord un problème de méthode. Il fallait mener à bien ce projet au plus vite, dans cette perspective la création du SICD s’est faite à marche forcée, les élus du personnel ont pu certes s’exprimer sur le projet, mais cette consultation se révèle être de pure forme. A chaque formulation de revendications, les élus se sont confrontés à des réactions diverses de la part des instances dirigeantes, celles-ci allant de l’indifférence à la ré-interprétation voire le travestissement de leurs interventions : ainsi le compte-rendu de la CPE de l’Université Marc Bloch du 19 septembre 2006 indique que le projet « recueille d’ailleurs un grand enthousiasme de la part des personnels concernés » alors même que les représentants des bibliothèques exprimaient les réticences de ces mêmes personnels… A ce jour, la correction du compte rendu n’a toujours pas été faite, malgré la demande des élus!
Cet exemple n'est pas un fait isolé. Il démontre que la détermination politique de fusionner au plus vite les trois services primait sur une réelle volonté d'impliquer les personnels dans un projet commun. La fusion en perd d'autant sa légitimité.
Il s'agit bien là d'édifier la vitrine de la future unification des Universités sans impliquer réellement ceux qui la font: les personnels et leurs représentants.
Il faut dire que leur travail consiste principalement à faire respecter les promesses faites aux personnels en matière d’harmonisation des conditions sociales et des rémunérations. Il avait été assuré que cette harmonisation se ferait par le haut, et que tous les personnels bénéficieront des dispositions les plus favorables. Qu’en est-il vraiment ?
D’abord, après constat d’une hétérogénéité des primes, il a fallu beaucoup d’énergie aux élus des personnels des bibliothèques pour avoir une confirmation écrite du principe de leur harmonisation par le haut, et ce n’est qu’à la mi-décembre (deux semaines avant la fusion!) que les secrétaires généraux des 3 universités ont écrit au ministère pour qu’il abonde l’enveloppe indemnitaire. Ceci n'a été possible qu'après la mobilisation des personnels.
En ce qui concerne les dispositions relatives aux conditions de travail, au temps de travail et aux congés, l'unification des pratiques ne se fera que pour septembre 2007 et les modalités restent encore floues.
Par ailleurs, ce point soulève d'autres problèmes du point de vue des personnels. En effet, l'ex-SCD de l'ULP bénéficie de certains usages internes tels que des autorisations d'absence sans certificat médical (3 fois 48 heures), 3 jours non consécutifs pour convenance personnelle, ainsi que 4 ou 5 semaines d'horaires allégés durant l'été (5h travaillées pour 7h30 comptabilisées). Les personnels du SICD réclament bien évidemment de pouvoir bénéficier de ses dispositions, dans le respect des engagements pris par les directions des universités, mais l'actuelle Directrice a prévenu du risque de voir ces dispositions disparaître si elles devaient être officialisées.
Pour finir, le sort des contractuels, des vacataires et des moniteurs étudiants est à ce jour encore incertain, quand on sait que le SICD doit permettre une « mutualisation des moyens », on peut s'interroger sur la pérennité des contrats. A ce titre, les interventions des responsables politiques de la fusion sont imprécises, contradictoires, et dépendent de l'auditoire. Aucune garantie n'est donnée aujourd'hui.
Parallèlement à toutes ces questions, la rapidité avec laquelle le SICD s'est mis en place a ralenti son activité. En effet, le volet financier semble avoir été très largement négligé. A l'heure actuelle, le paiement des factures en cours et ce qui est plus problématique, les acquisitions d'ouvrages et le renouvellement des abonnements aux revues sont suspendus. Au 30 janvier 2007, aucune convention financière n'était signée, et le rattachement des budgets initiaux à l'URS (université de rattachement du SICD) demande une refonte des marchés. La continuité du service n'est rendue possible que par l'investissement de celles et ceux qui y travaillent en cumulant souvent les anciennes tâches et les nouvelles imposées par la fusion.
Dans ce contexte, l'actuelle direction du SICD propose le recours à un audit « d'accompagnement au changement », et ce avec les encouragements du ministère. Mais on est en droit de se demander s'il est bien nécessaire de dépenser tant d'argent (de 8000 à 50 000 euros d'après les trois premiers devis), alors que les problèmes sont évidents, et qu’aucune création de poste n’est envisagée à l’heure actuelle, malgré la complexité et la charge de travail engendrée par la mise en place d’un nouveau service de cette ampleur.
Voici l'expérience de fusion des services communs de documentation. Si le processus n'est pas encore achevé, il est d'ors et déjà édifiant. Il devrait, au sujet du projet d'université unique, susciter notre vigilance que l'on soit étudiant(e), personnel ou enseignant(e).